L’aide à l’investissement : Mensonge ou réalité ?

Parler des dispositifs d’aide et de promotion de l’investissement dans notre pays ne se limite pas à les énumérer ou à les exposer à l’investisseur. Il me semble qu’on serait plus efficace si on essayait d’aborder le degré de la rationalisation et de l’exploitation de ces dispositifs dans leur objectif essentiel qui devrait caractériser leur existence. Cet objectif est bien entendu celui de la création des richesses et de l’emploi.

La problématique qui se pose aujourd’hui est : Quel est l’apport réel de ces dispositifs dans cet objectif et quel est aussi leur apport dans la création de l’entreprise citoyenne ?

Réalité ou mensonge ?

L’existence administrative et juridique de ces dispositifs est bien réelle mais il me semble que la mission de création des richesses et de la culture citoyenne dans le milieu de l’entreprise est galvaudée par les desseins inavoués de l’exploitation de ces dispositifs qui servent beaucoup plus à recruter une clientèle pour le régime d’une part, et à faire du chantage à l’investisseur d’autre part.

Vous allez certainement m’interpeller pour me dire comment ? Des dispositifs qui permettent à l’investisseur d’accéder à des financements par crédits bancaires et à des facilitations fiscales à travers notamment l’exonération, comment peuvent-t-ils ne pas être utiles à la création de richesses et à la notion de l’entreprise citoyenne ?

Prenons l’exemple de l’ANDI. L’Agence Nationale de Développement de l’Investissement est une institution gouvernementale qui a pour mission la facilitation, la promotion et l’accompagnement de l’investissement et de la création d’entreprise à travers des régimes d’incitation qui s’articulent essentiellement autour de mesures d’exonération et de réduction fiscale. Surtout dans son volet, régime dérogatoire qui s’applique aux investissements courants réalisés dans les zones à développer et à ceux présentant un intérêt particulier pour l’Etat. C’est bien beau tout cela, mais en parallèle à ses avantages qui ne font que garnir la façade de l’économie nationale il y a malheureusement ces lois de finances annuelles et complémentaires promulguées par ordonnance qui tuent toute initiative économique.

Cette manière de gouverner a permis aux autorités algériennes d’opérer un retour au « tout État » à peu près semblable à celui des années 70. Comme au temps de l’Algérie socialiste et du parti unique, les autorités politiques en place veulent tout entreprendre, mais aussi tout contrôler. Au moyen d’une administration publique aussi pléthorique qu’inefficace, ils veulent barrer la route à des investisseurs gênants, favoriser des clientèles, injecter des capitaux dans des entreprises publiques insolvables. Il ne peut y avoir de dispositif de facilitation de l’investissement sans la libre initiative économique au préalable. Donc les dispositifs sont complètement effacés par cette paternité de l’administration. Pour rationaliser l’aide à l’investissement, l’Etat doit se limiter à sa mission de régulation. La meilleure aide que l’état puisse offrir aux chefs d’entreprises est de ne pas porter atteinte à leur autonomie, et de cesser d’exercer sur eux des pressions fiscales et autres pour des raisons extra-économiques, à commencer par celles politiques.

Qu’en est-il des dispositifs d’aide à l’investissement des jeunes, principalement l’ANSEJ, le CNAG et l’ANGEM ? Encore une autre hypocrisie des plus destructrices des initiatives de création de la PME/PMI capable de générer la richesse et l’emploi. Force est de constater qu’il n’y a pas pire dé-encouragements à un jeune chef d’entreprise que de lui inculquer la culture consistant à ne pas payer ses impôts dès le lancement de son entreprise.

Au lieu d’opter pour de telles démarches de nature plus populiste, électoraliste qu’économique, il est vital de concentrer l’aide aux jeunes investisseurs sur la formation, la mise à niveau de leurs jeunes entreprises, la facilité à l’accès aux marchés publics et la rationalisation des échéanciers de leurs remboursements des crédits bancaires. De notre point de vue, cette aide ne doit surtout pas être fondée sur l’exonération d’impôts qui fait perdre à ces jeunes la notion de l’entreprise pérenne et citoyenne. Nous avons l’impression que l’Etat ne cherche pas, à travers ces dispositifs, à créer des entreprises solvables, mais il cherche à créer des situations qui vont lui permettre d’exercer des chantages sur la société à travers ces jeunes entreprises.

En conclusion, ce ne sont pas les dispositifs d’aide aux investissements qui manquent dans notre pays, mais nous ne voyons aucune volonté de les rationaliser et de les exploiter pour la relance économique effective.

Moussa Nait Amara

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